dimanche, 04 mars 2007
Shiatsu, Seiho et massage cardiaque
Si de plus en plus de gens entendent parler du Shiatsu (grâce à ce blog, qui sait?), le Seiho reste, lui, totalement inconnu. Pourtant, sa technique repose sur les mêmes principes que le Shiatsu et son origine est commune, dérivant également du savoir issu de la médecine chinoise. Tout comme le shiatsu, le Seiho utilise des points de vie ainsi que des mouvements d’étirements et de manipulations jouant sur la biomécanique du corps humain.
Cependant, il travaille plus étroitement sur les traumatismes du corps, notamment dans la pratique d'un sport de combat. L'idée est de soulager, soigner ou éviter une réaction inflammatoire et les effets des coups portés (y compris ceux entraînant une perte de connaissance). Les points de vie utilisés se décompose en 3 types: le Katsu (techniques de réanimation), le Seifuku (techniques de reboutage) et le Fukushiki-Kokyû (pratique de respiration abdominale). Le principale art martial intégrant le Seiho est le Shorinji Kempo, j'en parlerai dans le prochain article.
Bien que cette connaissance soit ancestrale dans la médecine chinoise traditionnelle, la seconde guerre mondiale a permis l'essor du Seiho, suite à son utilisation massive au sein de l'armée japonaise. Dans le but d'avantager les soldats japonais durant la guerre du Pacifique, des expériences scientifiques ont été menées sur des prisonniers servant de cobayes ("maruta") d'origine caucasienne, mongoloïde et négroïde. Différents points de stimulations ont été testés et les réactions observées - parfois, dans des conditions atroces, il faut le reconnaître, et le Japon a longtemps caché cet épisode noir de son histoire. Ainsi, la plus grande de ces unités, l'unité 731, établie sur 12 hectares à Pinfgan en Manchourie, employait pas moins de 3000 scientifiques. Vous pouvez imaginer le nombre de cobayes humains...
Cependant, au delà de certaines atrocités qui ont pu être commises, certaines techniques de points de vie ont montré une efficacité telle qu'elles font aujourd'hui partie des techniques de réanimation communément utilisées dans le monde. Nous avons tous une idée précise de ce qu'est un massage cardiaque. Mais il y a 50 ans, lorsqu'en France vous aviez une attaque, la seule solution était d'ouvrir le thorax pour pratiquer un massage directement sur le coeur. Autant dire que les chances de survie était bien minces!
Pendant ce temps là, au Japon, on recourait au massage cardiaque, tel qu'on le connait aujourd'hui, basé sur le "shinzo-katsu" (pressions abdominales pour faire repartir le cœur) et le "aiki-katsu" (transmission de l’énergie vitale dans les poumons par insuflation) - fruit des expériences de la guerre démontrant son efficacité à grande échelle (même si, rappelons-le, la technique était connue depuis bien plus longtemps). Et pourquoi l'Occident ne s'en servait pas? Parce que cette technique était qualifiée d’hérésie, croyant, entre autre, que l’air insufflé faisait éclater les alvéoles pulmonaires et provoquait des troubles mortels.
Aujourd’hui l'occident a bien évolué et une partie de ces techniques de réanimation sont à la portée de tous. Je suis moi-même titulaire de l'AFPS (attestation de formation aux premiers secours) et je vous invite tous à suivre cette formation (12h d'apprentissage pour sauver peut-être vos proches, ce n'est pas cher payé!).
apprenez les gestes qui sauvent: www.premierssecours.com
14:24 Publié dans La pratique, Le Seiho, L'historique, Médecine chinoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shiatsu, pratique, bien-être, massage, sport, seiho, arts martiaux
mardi, 27 février 2007
Pratiquer le shiatsu sur une table de massage
Voici un mois maintenant, j’évoquais dans ce blog le shiatsu sur table (voir article "Déroulement d'une séance de Shiatsu"). A la lecture de ce dernier où j'émettais un avis négatif concernant cette pratique, Danielle, praticienne également diplômée de la FFST, m'a contactée pour exprimer son désaccord. Nous avons alors débattu de cette technique avec d’autres praticiens, nous appuyant notamment sur une vidéo de formation d’Andrew STAIB. C’est un des plus grands spécialistes du Shiatsu sur table, faisant appel à de nombreuses techniques qu’il a lui même inventées ou perfectionnées. Il s’agit d’une pratique très poussée et de plus en plus appliquée en France, consistant, entre autre, à l’exécution de nombreuses pressions où le praticien monte sur la table.
Malgré tout, mon avis reste inchangé car cette pratique ne peut pas franchement rentrer dans un cadre thérapeutique, les techniques employées étant sont trop générales. Il est presque impossible pour le praticien d’orienter son travail sur un ou deux méridiens particuliers ayant besoin d’être tonifiés.
De plus, cette pratique fait appel à une véritable prouesse sportive du praticien et une table particulièrement solide pour éviter tout risque d’accident (alors que ce matériel est généralement conçue pour une personne à la fois !). Comme on peut le voir sur le court extrait de vidéo et les 2 photos, le praticien se retrouve tantôt à genoux ou debout, escaladant la table à plusieurs reprises, s’arc-boutant sur le patient pour appliquer des pressions au niveau des côtes et des lombaires… avec le risque, en cas de casse d’un pied de table, de conséquences graves pour le patient.
Enfin, quand le praticien est sur la table, les techniques employées sont finalement tellement proches de celles au sol que cette méthode ne fait que les transposer – à la différence que le patient se retrouve boudiné entre les mains du praticien, coincé sur la table déjà pas très large, au lieu de prendre ses aises confortablement sur un matelas au sol.
Je reconnais cependant que la table a ses avantages pour des personnes ayant du mal a s’allonger au sol (personnes âgées, problème de hanche … ), bien que je préfère nettement le recours à une plateforme surélevée (sorte d’estrade en hauteur) qui facilite le patient en difficulté, mais permet au praticien de travailler comme s’il était au sol. Cette méthode sur table, telle qu’elle est pratiquée, est plus adapté au massage de confort, à but de relaxation et de détente profonde… mais en terme de pratique authentique (en médecine douce), le sol est plus adapté.
Enfin, si je dois avouer que les gestes d’Andrew STAIB son visiblement assurés et maîtrisés, je crains que cette méthode – extrême par sa nature, présente beaucoup trop de risques et est susceptible de faire des dégâts irrémédiables entre les mains d’apprentis praticiens.
11:10 Publié dans La pratique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : shiatsu, pratique, bien-être, massage
lundi, 19 février 2007
Une médecine "chinoise" européenne vieille de 5000 ans ?
Avez-vous entendu parler d’Ötzi ? Ötzi est une momie retrouvée en 1991 dans le glacier du Similaun, un des sommets enneigés du Tyrol, à la frontière de l’Autriche et de l’Italie. Mais que diable vient s’égarer une vieille momie de près de 5300 ans sur un blog consacré au Shiatsu ?
Tout simplement parce que cette momie, particulièrement bien conservée, arborait 15 tatouages, ou plus exactement des bandes parallèles (par groupe de 3) et une équipe de chercheurs autrichiens ont remarqué qu’elles étaient localisées, à quelques millimètres près, sur les points d’acupunctures correspondant aux méridiens de la vessie, des reins et du foie.
Or, en acupuncture, comme en shiatsu, ces points sont utilisés pour le soulagement d’infections intestinales. L’examen du colon d’Ötzi a justement révélé que son colon était infesté de vers trichocéphales, provoquant d’importantes démangeaisons. Des champignons aux propriétés antibiotiques et contenant des huiles toxiques pour les vers intestinaux ont également été retrouvées dans sa besace.
Alors que la plupart des tatouages comme ceux trouvés sur des momies sibériennes de la même époque sont de nature ornementale, ceux d’Ötzi sont particulièrement simples, isolés et localisés en des points normalement couverts et cachés par des poils. Pour vérifier son hypothèse, l’équipe autrichienne a fait appel à des experts de 3 Sociétés d’Acupuncture qui ont effectivement attesté que les deux tiers des tatouages étaient situés directement ou presque sur des points acupuncture traditionnels - les autres restant encore très proches de points existants (6 à 13mm).
Certains chercheurs comme Luc Renaut ont fait remarqué qu’au vu de la multiplicité du nombre de points répartis sur tout le corps humain, l’emplacement des tatouages n’a pas de signification statistique. Cependant, les experts affirment que les points touchés respectent une logique qui ne peut être le résultat d’emplacements aléatoires, mais, bien au contraire, ils forment une combinaison particulièrement parlante d’un point de vue thérapeutique.
Jusqu’à présent, l’acupuncture telle qu’on la connaît aujourd’hui a été formalisée par les Chinois il y a 3000 ans et cette momie, qui a 20 siècles de plus, soulève bien des questions sur l’origine et l’ancienneté de l’acupuncture.
Sources:
- Ötzi, témoin et messager de notre passé, site de l'Hominidé
- "Ötzi, 15 ans après", National Geographic – novembre 2006
- "Ice Age Acupuncture?", June 2000, Vol. 01, Issue 06: Study of Mummified Body Raises Questions about Practice's Origin
- Luc Renaut (2004) "Les tatouages d’Ötzi et la petite chirurgie traditionnelle", L’Anthropologie – Vol. 108 n°1
13:27 Publié dans L'historique, Médecine chinoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shiatsu, médecine chinoise, historique
lundi, 29 janvier 2007
Sur la voie des méridiens…
Suite à la présentation de la notion d’énergie (appelée "Qi" ou "Chi") en médecine chinoise traditionnelle (voir l'article "Qu'est ce que l'énergie en Shiatsu?"), vous savez maintenant que l’énergie est la clé de voûte de l’équilibre de notre corps. Mais comment cette énergie peut-elle agir ?
Le Qi nécessite de pouvoir circuler. Tout comme le sang utilise un réseau de vaisseaux sanguins pour nous oxygéner, l’énergie a son propre système de circulation où les chemins empruntés sont appelés des méridiens reliant les différentes parties du corps et connectant les viscères. Toute la médecine chinoise et ses dérivés (acuponcture, shiatsu…) reposent sur cette structure : la compréhension globale du corps, l’appréhension des déséquilibres et les traitements.
Il existe 14 méridiens principaux qui sillonnent tout le corps (voir schéma). La plupart sont associés à un organe spécifique (ex. méridien du cœur, du foie…), les deux derniers permettent une régulation du système interne et leur mode de fonctionnement est un peu à part. Notez que nous sommes bien dans un contexte de médecine traditionnelle et non conventionnelle. Comme on peut le voir sur le diagramme, un méridien peut traverser le corps de la tête au pied (comme le méridien ‘vessie’ ou ‘vésicule biliaire’) et, bien que portant le nom d’un organe, il n’est pas physiquement lié avec celui-ci comme le nom semble l’indiquer : ainsi, le praticien de shiatsu pourra être amené à travailler sur le méridien ‘vessie’ en cas de transpiration nocturne ou sur le méridien ‘vésicule biliaire’ suivant certaines douleurs articulaires.
Mais un méridien, à quoi cela ressemble-t-il ? Pouvez voir de l’énergie ? Certes, une lampe allume, le soleil éclaire ou une batterie alimente une machine… mais ce que nous voyons, ce sont avant tout les effets d’une transmission d’énergie plutôt que l’énergie elle-même. On ne voit pas le courant électrique ou les photons des rayons du soleil. De même, les méridiens ne sont pas une réalité palpable et visible.
Cependant, depuis une trentaine d’années, le sujet intéresse des chercheurs. Partant de la constatation d’effets bénéfiques et reconnus de l’acuponcture ou du shiatsu (notamment dans le domaine du soulagement de la douleur), des études ont été menées pour tâcher de mettre en lumière (c’est le cas de le dire !) les méridiens. Ce n’est que très récemment que des chercheurs allemands (*) ont réussi à photographier les méridiens grâce à une caméra thermographique à rayonnement infrarouge.
Pour cela, il ont utilisé la technique du moxa (un bâton incandescent approché des points de travail plutôt que de faire des pressions dessus – j’en parlerai plus tard) pour stimuler le méridien de la vessie. Son trajet le long des jambes a alors pu être photographié aux infrarouges car le rayonnement thermique du corps s’est accru précisément le long du méridien (photo à droite), tel qu’il est représenté en médecine chinoise. Les chercheurs expliquent ces résultats par le fait que les organismes vivants sont en permanence le siège d'une fine activité électronique.
Le Shiatsu repose donc sur la bonne circulation énergétique au sein de ces méridiens (d’où la notion de "rééquilibrage"). Des nœuds entravant les flux énergétiques permettent d’expliquer certains symptômes et sont intégrés dans un cadre clinique précis. Par exemple, le diagnostic en médecine chinoise des céphalées (= maux de tête) se fait à partir de la localisation de la zone douloureuse dans la tête. Ainsi, une douleur occipitale irradiant vers la nuque correspond au méridien de la vessie, alors qu’une douleur temporale ou pariétale est en relation avec le méridien de la vésicule biliaire. Un même symptôme ne recevra donc pas le même traitement en médecine chinoise.
(*) Schlebusch K.-P., Maric-Oehler W., Popp F.-A (2005):"Biophotonics in the infrared spectral range reveal acupuncture meridian structure of the body", Journal of Alternative Complementary Medicine, 11(1):171
14:10 Publié dans La pratique, Le corps humain, Médecine chinoise, Science et Shiatsu | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : shiatsu, énergie, médecine chinoise, médecine conventionnelle, stress
dimanche, 21 janvier 2007
Qu'est ce que l'énergie en Shiatsu?
Il est fréquent d’entendre parler "d’énergie" en médecine douce, c'est même un aspect fondamental du Shiatsu. Mais qu’est-ce donc ? Une dimension parallèle ?
Le Shiatsu est une méthode de massage qui met en application les préceptes de la médecine chinoise. Or, celle-ci repose sur le concept d’une énergie omniprésente, qui influe notre vie et notre santé, interférant constamment avec l’homme et son environnement.
Que nous adhérions ou non à ce principe, force est de constater que même notre pensée occidentale intègre cette idée de transfert d’énergie. Ne parlons nous pas de "se ressourcer" lorsque nous profitons de quelques rayons de soleil, ne ressentons nous pas ce manque de lumière cet hiver au ciel si couvert ? Et que ressentons nous dès lors que le soleil nous illumine ? Du bien-être…
La médecine chinoise distingue 3 sources d’énergie : l’air, l’alimentation et l’énergie héréditaire:
L’air ("Yeung chi")
Sans air, nous mourons et la santé de notre corps est étroitement liée à la qualité de l’air que nous respirons, pouvant entraîner, entre autre, de nombreuses maladies respiratoires et des problèmes de peau (allergies, eczéma…). L’air est donc perçu comme une forme de transmission d’énergie pouvant être positif ou négatif et influant notre santé. Voilà pourquoi cet élément constitue un des piliers de la médecine chinoise traditionnelle.
L’alimentation ("Kou chi")
Tout comme l’air, chaque aliment possède une énergie qui nous est transmise au travers de notre alimentation quotidienne. Alors certes, il y a toutes ces vilaines calories du gâteau au chocolat, mais de façon plus profonde, tout aliment est constitué d’un ensemble d’apports nutritionnels indispensables ou non à notre santé. Plus ces apports sont équilibrés et plus notre corps est sain, d’où sa prise en compte dans l’approche de la médecine traditionnelle.
L’énergie héréditaire ("Yuen chi")
C’est l’énergie ancestrale propre au code génétique transmise par nos parents. Certains ouvrages évoquent les dons ou les talents, voire les prédispositions (forces ou faiblesses)… qualifiés de "souffle originel" en médecine chinoise. C’est un capital qui ne peut que décroître avec l’âge jusqu’à épuisement total – contrairement aux deux précédentes énergies qui peuvent augmenter ou baisser selon nos mode de vie et notre environnement.
Chacune de ces énergies est donc en relation avec des organes en particulier, qui possèdent des émotions propres : par exemple la tristesse est liée au Poumon, la peur aux Reins, la colère au foie, etc. Dans le prochain article, nous verrons comment cette énergie circule dans le corps.
17:19 Publié dans Le corps humain, Médecine chinoise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shiatsu, énergie, médecine chinoise, médecine douce, bien-être





